Jean-François Grazi et Arnaud Syoën, respectivement CEO et Managing Director d’iread © Xavier Lahache

 

Business Immo  : Quelle mission iread s’était-elle fixée  au moment de sa création ? 

Jean-François Grazi  : Le constat que nous avons fait est que l’industrie immobilière a besoin de nouveaux outils pour mettre la data à son service. C’est à leur développement que nous travaillons. L’assurance, la banque, la finance, par exemple, se sont déjà dotées de solutions digitales pour les accompagner dans leur compréhension de leurs domaines économique, social ou environnemental. Dans le même temps, l’immobilier se hisse péniblement à la 23e place – entre l’administration et la pêche – de la digitalisation (source : McKinsey Institute 2015). Nous pouvons faire mieux !

Pour autant, l’idée n’est pas de remplacer l’expertise humaine. Nous ne nous substituons pas au métier, au contraire, nous le facilitons. Après avoir échangé avec des acteurs de la banque, de l’investissement ou du conseil, nous avons analysé leurs besoins et leurs attentes en matière d’usage de data. Chez iread, nous y répondons dans un esprit digital native en proposant des solutions qui permettent de dénouer des points de tension afin de fluidifier le travail et d’améliorer la productivité des équipes.

À ce sujet, le contenu proposé dans notre nouveau site démontre que les outils d’analyse ou les études sont entrés dans l’ère du digital. Et ce, que ce soit au niveau de la forme comme celui du fond. Dans ce domaine un point de non-retour a été franchi.

BI  : En quoi l’accès à la data peut-il répondre aux besoins du marché ? 

JFG  : Les rythmes d’acquisition de l’information et de la prise de décision se sont accélérés. Dans le même temps, notre environnement s’est complexifié. Pour tenir le cap et répondre aux nouveaux défis qui se présentent à elle, l’industrie immobilière doit se doter des technologies nécessaires pour lui permette des prises de décisions à la fois rapides et éclairées.

Nous générons tous des data dans le cadre de notre cœur de métier. Quand je dis « tous », je ne parle pas que des acteurs de l’immobilier, mais également des pouvoirs publics, du monde de la finance, des observatoires, du secteur du commerce, mais aussi… du citoyen qui se déplace en trottinette. Le sujet n’est pas de posséder ces data mais de créer des outils qui permettent à l’utilisateur de les exploiter pour répondre à sa problématique. En clair, il ne s’agit pas de fournir de la data mais de l’utiliser instantanément dans le cadre de ses besoins, et surtout, de faire du sur-mesure.

BI  : Quelles solutions proposez-vous ? 

Arnaud Syoën  : Nous souhaitons accompagner le marché tant dans la compréhension de son environnement que dans l’accélération de ses prises de décisions. Côté analyse, les professionnels de l’immobilier disposaient jusqu’ici de nombreuses études. Mais ces dernières atteignent actuellement leurs limites. Additionner des mètres carrés ou réaliser des moyennes de valeurs, c’est utile mais cela ne suffit plus ! Les acteurs ont besoin de croiser les données, de pouvoir les comparer, et aussi se projeter selon leurs objectifs. Cette démarche doit intégrer de l’analytique, du prédictif, du « macro » et de l’« hyper local », du complexe aussi… En effet, de nombreux sujets se sont invités dans les débats : l’évolution démographique, le social, le changement climatique en passant par des questions de qualité de vie, de qualité de l’air, la mobilité durable, l’équation territoriale… Autant de thématiques qui nous obligent à aller plus loin. Nous abordons ces sujets avec une approche à la fois immobilière et digitale.

Pour mener à bien cette ambition, notre objectif est de proposer l’information indispensable en quelques clics, via des tableaux de bord interactifs, afin de faciliter et d’accélérer le positionnement des acteurs lors d’un deal. Autrement dit, iread souhaite fournir des applicatifs pour aider les parties-prenantes dans ce que nous appelons « une nouvelle ère décisionnelle ». C’est pourquoi, parallèlement au volet études d’iread porté par nos chercheurs et Senior Advisors*, nous avons très vite pivoté vers l’applicatif, avec la sortie ce mois-ci de notre premier outil intitulé « iview ».

BI  : Vous vous lancez donc dans la commercialisation de solution applicative pour accélérer la prise de décision. Que propose, « iview », votre nouvel outil ? 

AS : Tout d’abord, une première photographie de la situation géographique – densité, nombre d’habitants, allure générale du quartier… Puis, au-delà de cette première vue, nous proposons des tableaux de bord plus complets permettant d’observer les variations de populations et les profils sociaux économiques des habitants, le nombre de transactions sur ce secteur, les principales métriques du marché… Et ce aussi bien lorsque l’on étudie une opportunité au sein d’une métropole qu’au cœur d’une ville de second rang.

BI  : Où allez-vous chercher toutes ces données ? Est-ce complexe de les collecter au sein d’un marché réputé opaque ? 

JFG  : Ce n’est pas tant «  » mais « auprès de qui ». S’il est vrai que le marché immobilier aurait tout à gagner à plus d’open data, il existe néanmoins des diffuseurs de data, dans le privé comme dans le public.

Toutefois, si l’on considère que la data est une information, et c’est le cas, alors la source a autant d’importance que l’information elle-même. Mais comme partout, le monde des data n’échappe pas à la règle et on y côtoie le pire comme le meilleur. Il y a ceux qui se contentent d’agréger des data, sans les vérifier, et ceux qui récoltent de la data et qui la font vivre en l’enrichissant. Nous sélectionnons nos sources en fonction de ce paramètre. Nous choisissons également nos partenaires en fonction de leur engagement et connaissance métier. Il est évident que quand nous allons dénicher des data dans un domaine que nous ne maîtrisons pas, l’environnement par exemple, nous sommes autant attentifs à la sincérité de la démarche qu’à la qualité des data qui nous sont proposées.

Enfin, les pouvoirs publics, grâce au dispositif d’open data déployé par le gouvernement, constituent une source appréciable. La fameuse ouverture de la base de données « Demandes de valeurs foncières-DVF » qui a agité le petit monde de la data – et pas que – en est l’exemple parfait.

Donc, il existe de très bons professionnels et les mentalités évoluent malgré un problème de confiance encore persistant. La dimension de maîtrise du risque monte en puissance, et les clients se montrent de plus en plus exigeants en matière de transparence. Ils veulent avoir accès à des data ! Le marché devra donc les leur donner. Et ce, à toutes les étapes de la chaîne.

Néanmoins, notre valeur ajoutée ne réside pas uniquement dans les données collectées mais plutôt dans notre connaissance de l’industrie immobilière et dans notre savoir-faire digital. Tout cela grâce à nos équipes qui réunissent les différents métiers de la data ainsi que des partenaires chercheurs et Senior Advisors.

 * Rendez-vous en décembre pour découvrir les résultats de l’étude iread menée avec le Pr. Sornette, de l’école Polytechnique de Zurich, concernant la bulle immobilière. 

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